Quand les caisses de pension tombent dans le piège du taux de couverture économique

Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, 18 octobre 2010.

La principale difficulté des caisses de retraite réside dans des taux d'intérêt au plus bas et une espérance de vie en hausse. Il est temps de réformer leur environnement réglementaire pour qu'elles puissent y faire face.

La LPP prescrit aux caisses de pension des prestations qu'il leur incombe de calculer à coup de bonifications de vieillesse et d'intérêt ainsi que de taux de conversion. En 1985, lors de la mise en place de ce nouveau régime légal, le taux LPP était fixé à 4%, le taux de conversion à l'âge ordinaire de la retraite à 7,2%. Sur ces bases, tous les assurés pouvaient espérer des prestations minimales comparables et même, encore qu'au prix de grandes difficultés, les calculer. Depuis, les bonifications de vieillesse plancher fluctuent au gré de décisions politiques prises à leur tour au gré des élucubrations à courte vue des marchés et des variations de la conjoncture; quant aux taux de conversion, ils n'ont cessé pour la plupart d'être corrigés vers le bas en raison des prévisions de taux d'intérêt et de l'allongement de l'espérance de vie. Résultat, la prospérité sensiblement accrue des Suisses fait face à une diminution marquée des prestations des caisses de pension.

Faute de mutations en profondeur, le fossé entre l'évolution haussière de l'économie et la tendance baissière de la productivité des caisses continuera de s'ouvrir car dès l'origine, les politiques ont misé sur le mauvais cheval en arrêtant les paramètres déterminants. A l'époque une période de loyer de l'argent élevé , les taux LPP reflétaient la capacité bénéficiaire des obligations et des emprunts d'Etat. Les directives de placement, qui sont entrées en vigueur en même tant que les prescriptions en matière de taux d'intérêt, étaient censées garantir ces rendements. Or il eût suffi alors de regarder en arrière pour comprendre que de tels véhicules de placement ne permettraient jamais d'atteindre les objectifs minimaux de la LPP. Depuis 1900, les obligations ont rapporté tout juste 2,5% en termes réels en Suisse et même moins 1,8% dans le monde. Pourtant, les caisses de retraite étaient pratiquement contraintes de remplir leurs portefeuilles de titres à revenu fixe.

A l'heure actuelle, 75% des actifs des caisses de pension sont donc liés et aucun scénario raisonnable ne laisse escompter pour ces prochaines années des rendements positifs avec des obligations et des emprunts publics. Pire, par suite de l'endettement catastrophique des Etats, leurs risques de défaillance se sont massivement aggravés. Dans ces conditions, tout chef d'entreprise sensé aurait à coeur de protéger son portefeuille et de préserver son potentiel de rendement en procédant à sa restructuration immédiate. Mais pas les caisses de pension. Obéissant à la loi, à la pression et aux recommandations de conseillers eux-mêmes artisans de cette loi, elles préfèrent titriser leurs risques de défaillance et les masquer en investissant dans des produits dérivés pour se plier à des directives de placement qui les induisent en erreur. Au lieu de s'assurer des revenus suffisants, il faut en priorité satisfaire le régulateur par des ratios tels que le taux de couverture, qui n'ont aucune signification au regard du risque et du rendement. On crée ainsi un système de garanties qui ne saurait exister dans un contexte réel.

Or tout le monde sait aujourd'hui qu'il est impossible d'obtenir des revenus convenables à long terme sur la base de taux rétendument «sans risque», autrement dit le rendement des obligations d'Etat et de la Confédération, pas même en misant sur les titres de débiteurs de premier ordre. Où ces pratiques nous mènent-elles?

Les experts et un professeur émérite nous le prédisent à tout bout de champ: à l'aide de modèles financiers surannés et condamnés de longue date, ils démontrent que des taux d'escompte prometteurs de rendements minables sont capables de générer le taux dit de couverture économique. Pourtant, ce faisant, il manquerait dès à présent des sommes énormes pour justifier ne serait-ce que les prescriptions minimales en matière de prestations. De telles stratégies n'ont rien de commun avec l'économie. Pour que les prestations des caisses de pension puissent suivre le rythme de l'économie, il faut de toute urgence desserrer le carcan de la loi et mettre celle-ci à la portée des comportements entrepreneuriaux. 

Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes. retour

 

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