Taux de conversion

Il faut lisser les risques.

Impressum: «Prévoyance Professionnelle Suisse», juillet 2009. Contribution de Herbert Brändli, directeur de la B+B Prévoyance SA. Télécharger cet article (pdf).

Herbert Brändli  L’espérance de vie grandissante et des rendements maigrelets sur les capitaux sont aujourd’hui invoqués pour postuler une baisse du taux de conversion.

Dans le modèle LPP, le capital de couverture correspond à l’avoir de vieillesse. La modélisation intègre les bonifications et des taux d’intérêt. A partir de là, on calcule au moyen du taux de conversion prescrit par la loi la rente de vieillesse au moment du départ à la retraite. Le taux de conversion et les taux d’intérêt pratiqués durant la phase de thésaurisation sont fixés sur la base de considérations politiques.

Les prestations de rente ainsi modélisées ont été réduites d’environ 30% depuis 1985 en dépit de la croissance économique parce que le législateur a baissé les taux d’intérêt et de conversion. A l’appui des espérances de vie effectives, nous avons calculé rétrospectivement les taux de conversion qui auraient été possibles avec différentes stratégies de placement et nous les avons comparés aux valeurs actuarielles (voir graphique).

Le point de vue biométrique et économique

Cette analyse des taux de conversion qui auraient été possibles pour des rentes commençant à neuf pour chaque année considérée s’étend sur la période de 1925 à 1988. Les taux de conversion qui auraient été «les bons» en rétrospective divergent assez fortement d’année en année. L’évolution en dents de scie reflète avant tout les risques démographiques et les risques des marchés financiers auxquels sont exposés les caisses de pensions. Leur mission sociale consiste à lisser ces fluctuations sur le long terme. Trois niveaux possibles de nivellement sont représentés dans le graphique par les moyennes linéaires des tracés de courbes qui illustrent l’évolution conforme au  modèle avec un taux technique de 4% et deux stratégies de placement respectivement: une intégrant une quotité de 25% et l’autre de 60% d’actions.

Les taux baissent

Comme on pouvait s’y attendre, les taux calculés actuariellement aussi bien que les taux de conversion observés historiquement et lissés sont orientés à la baisse. Pour les rentes débutant en 1925, les taux de conversion déterminés sur une base actuarielle ou à l’appui des deux stratégies de placement étaient encore très rapprochés et se situaient dans une fourchette entre 11 et 12%. Jusqu’en 1988, le taux de conversion actuariel avait régressé à 7,6% et il s’établit désormais à 6,8%. Pour une stratégie de placement intégrant 25% d’actions, le taux de conversion n’atteignait plus que 9% en 1988. Avec 60% d’actions, le taux de conversion avait reculé à 10,5% à cette époque. Les pertes subies sur les rentes en raison de leur durée de versement de plus en plus longue pouvaient en partie être compensées grâce aux gains de productivité et aux rendements plus élevés dégagés en conséquence sur l’activité de placement. L’étendue de cette compensation ressort des pentes variables des moyennes linéaires.

En 1985, un taux de 7,2% avait été fixé pour la conversion en rentes des capitaux accumulés jusqu’au moment du départ à la retraite. Une nouvelle baisse à 6,8% est alors intervenue en raison de considérations biométriques et maintenant, on veut progressivement passer à 6,4% suite à la diminution des attentes de rendement. Pour comparaison: sans intérêt, le taux de conversion s’établit à 5% pour une durée de 20 ans.

Le retour sur le passé confirme que les taux de conversion ont tendance à diminuer parce que l’espérance de vie s’allonge. Mais il s’avère aussi que le niveau absolu défini dans une optique actuarielle reste inférieur à ce qui aurait été historiquement possible avec une gestion économique de la fortune de prévoyance. De plus, la baisse n’est pas intervenue aussi rapidement que ne l’anticipait le législateur. Ses taux de conversion se fondent sur des taux d’intérêt «sans risque» qui parviendront à peine à compenser le renchérissement sur le long terme. Ligotées par de telles contraintes, les caisses de pensions ne peuvent pas évoluer en conformité avec l’économie et du pouvoir d’achat est détruit en permanence.

La pratique en dehors de l’univers modélisé

Les contraintes mentionnées ci-devant se fondent sur l’engouement des Suisses pour les modèles. Heureusement, la plupart des caisses de pensions ne se contentent pas d’évoluer dans le corset étroit de la LPP. En thésaurisant une réserve supplémentaire, il est même possible de garder le taux de conversion LPP initial et l’objectif de prestations avec lui. Dans un tel modèle, le capital de couverture de la caisse de pensions se compose de l’avoir de vieillesse individuel et d’une réserve complémentaire. A partir de là, on calcule la rente possible avec le taux de conversion correct d’actuellement 6.8%. Exemple (CHF):

avoir de vieillesse 100 000 + réserve 6000 =
     capital de couverture 106 000 x 6,8% = rente de 7208

Grâce à la réserve supplémentaire qui a été accumulée, le taux de conversion effectif peut être maintenu au-dessus de celui qui serait correct d’un point de vue actuariel. Cette façon de procéder garantit qu’il n’y pas de redistribution des assurés actifs vers les bénéficiaires de rentes. L’espérance de vie grandissante des rentiers et les éventuelles majorations de rente sont couvertes par les rendements que dégagent les capitaux de couverture des rentes.

Compensation des risques de fluctuations

Comme déjà mentionné, il n’est pas possible de financer un taux de conversion de 6,8% sans encourir de risques. Mais il serait dangereux de croire qu’il suffit de constituer une réserve de fluctuations pour se mettre à l’abri des risques de placement futurs. Certes, les réserves de fluctuations permettent d’éviter que le degré de couverture ne descende en dessous d’un certain niveau, mais elles ne permettent pas de compenser les fluctuations de la fortune. De plus, les réserves entravent une compensation sociale équitable des risques biométriques. Plus les réserves sont élevées et plus on prive les destinataires de fonds. 

Le lissage au moyen de changements de la stratégie de placement affecte assez lourdement le niveau économique. Une approche anticyclique serait nécessaire, mais qui ne convient pas pour des raisons psychologiques, car il faudrait multiplier les risques de placement en période de sous-couverture et vice-versa. Dans la pratique, on a donc même souvent recours à des mesures dites contraires, ce qui opprime les potentiels de rendement dans une phase de baisse boursière et compromet ainsi la sécurité et la rentabilité des caisses de pensions. 

En bref

  • Le taux de conversion effectif aurait affiché des fluctuations considérables au fil des ans.
  • Faire ses calculs sans le tiers cotisant, c’est remettre en question le système de financement par capitalisation.

 taux de conversion

(retour au texte)

Bot-Test (leave blank):

Rédiger un commentaire








  Etranger



Nombre de signes résiduel:

Nous nous réservons le droit de ne pas publier un commentaire à caractère déshonorant, raciste, partial ou sans rapport avec le thème traité. Les commentaires rédigés sous un nom fantaisiste ou manifestement faux ne seront pas pris non plus en considération. Veuillez vous en tenir à la langue de l’article et éviter en particulier tout dialecte (suisse allemand, par exemple). Si elle est validée, votre contribution sera publiée telle quelle, sans modifications rédactionnelles. Aucune correspondance ne sera échangée à propos de la décision prise quant à sa validation.



0 Commentaires